Tout savoir sur les nichoirs

Pour qui? Pourquoi? Comment? Où? Quand? Je tente de répondre à toutes vos questions concernant les nichoirs. Et si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à me contacter…

Nichoir ou mangeoire?

La mangeoire est l’endroit où l’oiseau vient manger l’hiver et l’hiver seulement. (voir article « nourrir les oiseaux en hiver »). Le nichoir est, comme son nom l’indique, l’endroit où les oiseaux vont faire leur nid et élever leurs petits.

Ni mangeoire, ni nichoir...à proscrire
Ni mangeoire, ni nichoir…à proscrire

Les boîtes « couteaux suisse » proposées dans le commerce qui sont censées faire les 2, ne font bien ni l’un ni l’autre. Qui aurait idée d’installer la chambre de bébé à proximité d’une salle de restaurant… vacarme assuré! Vous me direz, la mangeoire c’est l’hiver, le nichoir c’est l’été. Si la salle de resto est fermée à la belle saison, cela ne va pas faire trop de bruit…Le problème, c’est que le choix de la cavité pour l’élevage des jeunes se fait dès le mois de février, période où le resto est ouvert. Et de toute façon, l’ouverture d’écoulement des graines de la mangeoire est un problème en mode nichoir, et le trou d’envol du nichoir un problème en mode mangeoire…Oublions l’idée, elle n’est pas bonne!

Des nichoirs, pour qui?

Les nichoirs sont faits pour des espèces cavicoles, qui nichent donc naturellement dans une cavité.

La famille des pics est la plus connue, mais n’a guère besoin de nichoirs. Généralement, les pics s’occupent seuls de creuser leur trou :« on n’est jamais mieux servi que par soi-même » …

La sitelle torchepot, elle, va privatiser une cavité déjà existante, souvent un trou de pic, ou un nichoir à l’entrée mal calibrée. Pour se faire, elle va créer une petite poterie en utilisant un torchis fait de terre pour réduire le diamètre de l’entrée, d’où son nom de torchepot. L’accès ainsi réduit empêche le passage d’éventuels prédateurs et d’autres oiseaux plus gros qu’elle convoitant sa cavité.  

Enfin, les mésanges charbonnières, bleues, nonnettes, le grimpereau des jardins… qui ne creusent pas de cavités, mais ne s’occupent que de l’aménagement intérieur, apprécient les arbres creux et les nichoirs. Les premiers étant de plus en plus rares, nous pouvons compenser le déficit de cavité par l’installation des seconds. Etape transitoire, en attendant de voir grandir des arbres nouvellement plantés dont on prendra le plus grand soin.

Ces piafs n’ayant ni la capacité d’agrandir le trou comme les pics, ni de le rétrécir comme la sitelle, il est bon de bien choisir le diamètre du trou d’envol du nichoir. La majorité des mésanges, les plus sérieuses, n’investiront pas un nichoir à l’entrée trop large connaissant bien les désagréments que cela occasionne (prédation et squat) et si jamais une étourdie s’y installait, ce serai lui laisser courir le risque de ne pas pouvoir aller jusqu’au bout de l’élevage de sa nichée.

Certains nichoirs dit « semi ouvert » accueillent des oiseaux qui, sans nicher dans une cavité, occupent des endroits très abrités ou au couvert végétal dense : le rouge queue noire et le rouge gorge en sont de parfaits exemples.

Quant aux espèces qui construisent leur nid dans la fourche d’une branche, pas la peine d’insister, claustrophobes, elles n’apprécient pas les cavités, et préfèrent nicher au grand air ; cela dit, rien ne vous empêche de planter une haie, un lierre, des arbres… pour les accueillir.

Comment faire un nichoir?

Type de bois 

Vous pouvez utiliser « des résineux »: pins, épicéas, sapins, ce bois peu onéreux est facile à travailler. Les autres essences locales (frêne, chêne) sont moins faciles d’utilisation et plus cher. Pas de bois exotique provenant de trop loin, pas de contreplaqué, Tripli ou autres simili-bois au contenu douteux : trop lisses, trop déformables, trop vite dégradés, ils ne sont pas fait pour l’extérieur. Que du bois brut.

Épaisseur du bois 

Il est bon d’utiliser du bois d’une épaisseur de 18 à 24 mm, afin de :

  • faciliter le travail lorsque l’on visse dans « la tranche »
  • jouer un rôle de protection thermique (isolation en bois),
  • permettre aussi de mieux tenir aux intempéries : moins déformable et plus durable.

Etanchéité 

Le nichoir doit être au maximum étanche à l’eau, cela va de soi, en portant une attention particulière au toit (c’est de là que vient l’eau). Si le fond du nichoir, lui, laisse apercevoir un rayon de soleil, c’est moins grave permettant même d’évacuer une éventuelle entrée d’eau, et d’empêcher votre nichoir de se transformer en piscine. Les éventuels espaces ne doivent pas être trop gros tout de même. Gardons à l’esprit que les oisillons « naissent nus et égaux en poids ». Les courants d’air sont donc à limiter au maximum.

La paroi extérieure du nichoir 

Les nichoirs vendus dans le commerce en forme de petite maison dans la prairie avec les volets bleus ou rouges ne sont pas adaptés.

En effet, le nichoir abrite la progéniture de l’oiseau, permettant la survie de l’espèce, aussi importante que vulnérable . L’idée est donc d’être le plus discret possible pour ne pas voir ses petits se faire manger par le prédateur le plus myope du coin.

Deux possibilités :

  • Vous le laisser tel quel. Avec le temps, il va très vite griser et se fondre dans le paysage. Pas de vernis, pas de lasure qui retarderait la mise en place de ce camouflage. De plus, des nichoirs en bois brut de 25 mm accroché à un arbre ou un mur sèchent rapidement après la pluie, et peuvent durer 10 ans sans traitement. Eviter donc l’achat de ces produits rarement écologiques et le travail supplémentaire qui va avec.
  • Si vous souhaitez que dès la première année, il soit plus discret, vous pouvez passer toutes les surfaces apparentes au brou de noix qui n’est que de l’eau teintée par la coque verte des noix. (Pour une fabrication maison, cliquez ici)

La paroi intérieure du nichoir 

Il s’agit de la laisser brut, de ne pas la poncer. Les oisillons s’y cramponnent au moment de quitter le nid, il serait dommage pour eux d’échouer si près du but…Si cela vous inquiète, vous pouvez passer une lame de scie égoïne sur les parois internes du nichoir. Prenez la scie par la lame, posez les dents sur le bois, et tirez vers vous. Cela permet de « rayer » le bois pour une meilleur accroche.

La quincaillerie 

On n’utilise pas de colle, trop chimique et qui ne tient pas aux intempéries. Pas de clous non plus. Si le bois travaille il « sortira » les clous sans problème, il faut utiliser des vis. J’utilise des vis de 4 mm de diamètre et 45 mm de long.

Le toit

Attention aux toits amovibles qui sont fixés par une charnière ou une bande de cuir et ne tiennent fermés que par leur poids. Les bourrasques de vent de plus en plus fréquentes, pourraient prendre votre nichoir pour des castagnettes. les mésanges n’apprécieraient guère ce folklore espagnol.
Et si cet écureuil ouvre aussi facilement le toit de cette mangeoire pour en piller les graines, la fouine n’aura aucune difficulté à faire de même pour 5 ou 6 oisillons bien dodus et parfois trop bruyant

La trappe de visite 

Le nichoir doit être équipé d’une trappe de visite pour le nettoyage annuel. Les mésanges comme tous les animaux sauvages ont des parasites spécifiques (vous ne risquez rien, à moins d’avoir des plumes…) Souvent, ces parasitent passent l’hiver dans le matelas douillet du nid sous forme d’œufs. Il arrive également que des oisillons meurent dans le nid. Pour cela, il faut donc vider et nettoyer le nichoir tous les ans. Et dans les troncs d’arbres, c’est mère nature qui nettoie les cavités ? me rétorqueraient les plus dubitatifs d’entre vous… Dans la nature, les cavités infestées de parasites sont délaissées quelques années. Ainsi les parasites voient leur cycle interrompu et faute d’hôtes finissent par mourir laissant de nouveau la place libre et saine.

Le nettoyage des nichoirs

Comment nettoyer les nichoirs?

  • enlever le matelas du nid,
  • passer un coup de brosse
  • 2 solutions pour désinfecter :
  • Passez un coup de chalumeau comme les apiculteurs avec leurs ruches
  • Vaporiser du vinaigre 14 degrés avec un spray.
    Dans les 2 cas, Les odeurs s’estompent très vite et ne gênent pas les oiseaux.

Quand nettoyer les nichoirs?

Cette opération doit avoir lieu à l’automne, en octobre, pour plusieurs raisons :

  • D’abord pour laisser la possibilité aux mésanges besogneuses de finir délever leur 3ième nichée (les courageuses) , parfois jusque fin septembre.  
  • Ensuite pour permettre à certains micro mammifères de s’y installer avant l’hiver et dont le dérangement plus tard dans la saison leur serait fatal.
  • Parfois, pour éviter l’épuisement, il arrive que certains oiseaux affaiblis se réfugient dans les nichoirs lorsque les conditions météo ne sont pas bonnes (vent, pluie, froid, neige…) Reconnaissez que ce serait ballot de mettre tout le monde dehors pour faire le ménage. Rappelons qu‘en temps normal, les oiseaux ne dorment pas dans leur nid, c’est le lieu de l’élevage des jeunes uniquement, et passer cette période, les nids sont abandonnés.
  • Enfin, le troglodyte mignon, l’un des plus petits oiseaux de nos jardins, qui se déplace souvent au niveau du sol laissant penser parfois à une souris, fait exception à cette règle. Quoique plutôt renfrogné à la belle saison, il ne dédaigne pas se regrouper dans un nid, parfois dans un nichoirs à plusieurs individus pendant l’hiver, histoire de se tenir chaud.

Où installer son nichoir ?

Il doit être fixé à 2 m, 2.5 m du sol pour éviter les prédateurs. Droit ou légèrement penché en avant, mais pas en arrière, pour ne pas que l’eau rentre par le trou d’envol. Évitez le plein Nord, mais aussi le plein Sud si ce n’est pas dans un arbre (l’ombre du feuillage suffira à tempérer la pièce). Les étés de plus en plus chauds peuvent être fatals aux jeunes.  

Contre le tronc d’un arbre, vous pouvez le fixer avec du fil de fer, voir du fil électrique (en évitant le rouge, le bleu et le vert/jaune, préférez-le marron). Pour ne pas blesser l’arbre, pensez à glisser des bâtons d’une dizaine de 10 cm de long et de l’épaisseur d’un doigt en plusieurs endroits entre le fil et le tronc. Pour éviter que votre nichoir glisse, vous pouvez le caler contre une branche qui part à l’horizontale en prenant soin de couper celle-ci au ras du nichoir pour ne pas que cela serve de support aux prédateurs qui pourraient s’installer confortablement pour effectuer leur sale besogne. 

C’est le même raisonnement si vous le fixez contre un bâtiment, ne jamais le poser sur une structure offrant une plateforme à l’avant. Eviter également le nichoir au centre d’une façade trop dégagée. Même si sa hauteur le protège des prédateurs à 4 pattes, les allers retours incessants des oiseaux lors du nourrissage des jeunes vont forcément attirer l’attention de quelques malveillants : pies , fouines, moineaux squatteurs … les oiseaux le savent, et sauf exception ne prendront pas le risque d’y élever leur progéniture. En effet, les jeunes lors de l’envol plutôt pataud des débuts ne pourront trouver refuge sur une branche à proximité du nichoir pour le plus grand plaisir des bandits vus plus haut qui en feront leur dîner.

Un exemple de nichoir

Le nichoir « boîte aux lettres », comme son nom ne l’indique pas est destiné aux mésanges bleues et charbonnières.

Les cotes qui sont données sont les cotes intérieures, c’est-à-dire, l’espace du trou. A vous de rajouter les épaisseurs de bois selon les planches que vous utiliserez.

  • Le trou de la cavité doit faire 10 cm x 10 cm
  • La hauteur de la cavité est de 25 cm à l’avant, 30 cm à l’arrière ( inclinaison du toit)
  • Le trou d’envol est de 28 à 30 mm de diamètre. Au-delà, c’est la porte ouverte aux moineaux.
  • Le trou d’envol se situe à 14 cm du fond du nichoir.

Attention, les nichoirs du commerce « trop mignons » quasi cubiques avec le trou d’envol au milieu de la façade, ne sont pas adaptés. Les mésanges vont installer un matelas douillet de mousse, duvet, et autres accessoires d’intérieur d’une hauteur atteignant parfois 10 cm, pour accueillir convenablement les petits à venir. Du coup, le trou d’envol risque fort probablement de se retrouver « sous le niveau de la mer »!

Enfin, pas de perchoir à l’entrée du trou d’envol, les mésanges n’en ont pas besoin, les prédateurs pour commettre leur forfait, si.

Le nichoir idéal dans votre jardin, c’est votre jardin!

Je vous ai déjà fait le coup avec les mangeoires, mais le raisonnement est ici le même. Des vieux arbres, un tas de bois, un mur en pierre sèche, un moellon percé dans le mur du garage, l’herbe haute, une vitre cassée permettant l’accès à la cabane à outils, le roncier au fond du jardin, le lierre contre la maison… sont autant de nichoirs potentiels pour les oiseaux et la faune sauvage en général.

Il faut apprendre à changer sa vision sur son lieu de vie (maison et terrain), On considère souvent qu’il est à l’image du propriétaire, alors « tout doit être parfait… ». Mon dieu que les gens parfaits sont ennuyeux. Votre maison et votre terrain ne sont pas des musées, lâchez prise, laissez vous aller à un peu plus de nature , Vous pourrez troquer des heures de labeur (tonte, désherbage, réparation diverses, tailles…) en temps d’observation de la faune et de la flore puisque vous allez ainsi accueillir une ribambelle de bestioles : insectes, oiseaux, mammifères, fleurs sauvages… et ainsi partager en bonne entente votre lieu de vie en toute quiétude et devenir , à votre tour… colocaterre.